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ASSOCIATION LE BAMBOU QIGONG ET TAIJI QUAN (TAI CHI CHUAN) HEROUVILLE SAINT-CLAIR PRES DE CAEN (CALVADOS, NORMANDIE)

historique du tai ji quan (tai chi chuan)

LES GRANDES FIGURES DE L'ORIGINE DU TAIJI QUAN (TAI CHI CHUAN)

14 Juillet 2023 , Rédigé par T.Lambert Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

 

 XU XUANPING ET LI DAOZI

  

Peu de choses nous sont parvenues sur la vie des  prédécesseurs de ZHANG SANFENG. Sous les Tang, deux personnages auraient vécu pourtant une vie bien singulière. XU XUANPING aurait mené une érémitique dans les monts Chengyang. Un poème lui est pourtant attribué :

 

" Dès l'aube, je porte des fagots pour les vendre.
 Au crépuscule, ivre je m'en retourne,
 Si on me demande où je demeure, 
  je traverse les nuages et me cache dans la verdure "

   ( dans Despeux taijiquan art martial technique de longue vie p 21)

  

XU XUANPING rejoint ici la tradition des poètes chinois, amoureux de la montagne, des cieux, de la nature, et du vin...tel LI BAI (LI PO 701-762) On entend comme en écho au poème de XU XUANPING celui de LI BAI ;

 

"Vaine visite au moine taoïste du Tai-T'ien Chan"

 

" Un aboi de chien dans le bruit de l'eau.

Après la pluie, la fleur de pêcher est plus rouge.
 Au plus profond de la forêt, on voit parfois un cerf ;
 Près du torrent, à midi, pas de cloche. 

Les bambous sauvages percent l'épais brouillard ;
La cascade s'accroche au sommet d'émeraude
Nul n'a pu me dire où l'ermite s'en est allé :
  Je me suis appuyé, triste, à deux ou trois pins."

      

     LI BAI aurait eu connaissance du poème de XU XUANPING et aurait cherché à le rencontrer mais sans succès, c'est peut-être à cette occasion qu'il écrivit ce poème ?

 

Un autre taoïste de la fin de la dynastie de Tang ;  SONG YUANQIAO attribue également un texte à XU XUANPING, le « Chant des huit caractères » Ce même texte est plus souvent attribué à un autre personnage SONG SHUMING, celui-ci a prétendu que sa famille détenait et transmettait depuis XU XUANPING une méthode de taiji quan. Voici ce texte qui appartient à ce que l'on appelle les « classiques du taiji quan », ces textes décrivent les principes du taiji quan :

   

 

 "Parer, tirer vers l'arrière, faire pression en avant et repousser, peu de gens au monde (connaissent ces techniques).
  Sur dix experts, dix ne le connaissent pas.
 Si l'on peut être léger, agile, dur et ferme,
 On peut sans problème adhérer, lier, coller et suivre.
 

Les (mouvements) tordre, tordre vers le bas, donner un coup de coude, donner un coup d'épaule, sont encore plus merveilleux.
 Pour les exécuter, nul besoin de fatiguer son esprit.
 Celui qui peut adhérer, lier, coller et suivre,
 A acquis le centre véritable et ne le quitte jamais."

   

 

          On ne sait que peu de choses sur LI DAOZI (618-905). Il vécut sous les Tang et résida sur le mont Wudang, Rien ne vient appuyer que XU XUANPING et LI DAOZI  auraient pu être des maîtres de boxe.

 

 

ZHANG SAN FENG ; CREATEUR DU TAIJI QUAN ?   

Comme la création des arts martiaux dits « externes » a été attribuée à BODHIDARMA, moine bouddhiste, celle du taiji quan a été allouée à un ermite taoïste appelé : ZHANG SAN FENG.  La légende raconte que cet ermite résidait sur le mont Wudang au nord-ouest de la province du Hubei pendant la dynastie des Song (960-1279) Dans l'histoire officielle des Ming, nous trouvons une description de ZHANG SAN FENG :

 

« Il était grand, d'imposante stature, il portait les signes classiques de la longévité, c'est-à-dire ceux de la tortue et de la grue, il avait de grandes oreilles et des yeux ronds. Sa barbe se hérissait furieusement comme la lance d'une hallebarde, été comme hiver il portait un simple vêtement »

 

 

La langue chinoise possède de nombreux homophones, ceci explique que les caractères employés pour ZHANG SANFENG différent d'un auteur à l'autre

 

 

première proposition [1]

 

 

ZHANG (Ricci 174) a le sens de : étendre, tendre, ouvrir, disposer, grand. La partie droite de l'idéogramme représente un arc chinois avec sa poignée médiane (Wieger 87) L'ensemble de l'idéogramme prend le sens de bander un arc

 

 

SAN  (Ricci 4196) Le caractère possède le sens du chiffre trois.

 

 

FENG (Ricci 1592) Le caractère veut dire abondance, fertile, plein.

 

 

   

deuxième proposition [2],

 

Le caractère FENG  (Ricci 1579) différe de celui de la première proposition.

 

FENG

(Wieger (97 A)

 étymologiquement, il  figure un rameau feuillu, il prend le sens étendu de buisson, de broussaille, de  haie, de forme. Dans le Ricci, à ce même caractère (1579) nous trouvons visage plein ; qui a bonne mine ; beau ; gracieux.  Air distingué ; belle prestance ; manières élégantes.

 

          Le caractère FENG de la première proposition et le caractère FENG de la deuxième proposition ont ceci en commun de posséder l'image d'un rameau, symbole de plénitude. Ce rameau portant des grains prend l'image de grandeur de multitude. On peut traduire pour l'une ou l'autre des propositions ZHANG SAN FENG  par "triple grande abondance". Gardons à l'esprit que cette abondance provient du végétal, du grain, ferment des grandes civilisations. L'image de l'arc apporte force, souplesse et respect dédiés au personnage.

 

troisième proposition [3]

 

Elle tranche sur les propositions précédentes, dans celle-ci les caractères ZHANG et FENG possédent des sens différents que ceux des propositions précédentes.

 

 

 ZHANG (Ricci 169

a le sens de  personne âgée, homme respectable, homme fait

 

 FENG (Ricci 1584) signifie  sommet d'une montagne ; cime crête montagne abrupte ; pic.

 

 

         

 Les trois caractères se traduiraient par "l' ancien (le maître) des trois pics". Trois montagnes sont réputées en Chine pour ses arts martiaux ; le mont Song dans la province du Henan, qui est le berceau de l'école Shaolin et du bouddhisme Zen, le mont Wudang dans la province du Hubei, réputé pour ses styles internes et le mont E-mei  [4], où les méthodes développées ont pris le nom générique de E-Mei Quan, elles alliaient les principes "externes" et "internes", ainsi que les conceptions taoïste du mont Wudang et bouddhiste du monastère de Shaolin.  Cette appellation « maître des trois pics » viendrait appuyer la légende que  ZHANG SANFENG aurait acquis sa maîtrise en visitant  ces trois lieux connus pour leurs techniques martiales.

 

 

LA CREATION DU TAIJI QUAN ; LES HISTOIRES

 

Le mont Wudang est considéré comme le berceau des arts internes chinois, deux histoires différentes sont racontées au sujet de l'invention du taiji quan. La première avance que cette méthode lui aurait été transmise en rêve par l'empereur noir XUANDI. La seconde (la plus répandue) raconte le combat entre un oiseau (une pie) et un serpent. Il aurait remporté le combat grâce à ces mouvements curvilignes. Ceci démontra à ZHANG SAN FENG la suprématie de la souplesse sur la rigidité et l'importance de l'alternance du Yin et du Yang.

 

 Le rêve de ZHANG SAN FENG reprend la représentation symbolique du Nord, de l'élément eau et de la couleur noire en référence à XUANDI, l'observation du combat entre l'oiseau et le serpent relie également le taiji quan au Nord,  à l'élément eau, à la couleur sombre, à la longévité par la référence à la tortue habituellement associée au serpent.

 

Si le taiji quan est né sur le mont Wudang, il prend sa source dans la mythologie chinoise antique, associé aux symboles suivants : tortue noire et serpent,  nord, eau, couleur noire, et par extension, longévité.

 

 

 

 

 

 

On attribue un texte à ZHANG SAN FENG, il s'agit du « Traité sur le taiji quan » Il contient de nombreuses explications sur les principes de la discipline ; le vide et le plein, l'utilisation du Yi (la pensée orientée), les huit gestes en liaison avec les huit directions et les huit trigrammes du Yi Jing, les cinq déplacements reliés aux cinq éléments de l'énergétiques chinoise. Ce texte appartient aux « classiques » du taijiquan, il demeure une référence pour tout pratiquant.

 

La seule référence à l'élément eau est cet extrait :

 

«... La longue boxe est semblable aux flots du fleuve bleu ou de la mer qui se meuvent continuellement et sans fin... »

 

Déjà, la discipline était marqué par la recherche de la santé, dans une note à ce texte, nous trouvons :

 

« Son désir (celui de ZHANG SANFENG) fut celui de voir les héros du monde entier accéder à la longévité, et que son art n'eût pas pour unique réalité la pratique des techniques martiales »

 

  

WANG ZONG YUE

 

     WANG ZONG YUE aurait reçu l'enseignement de ZHANG SAN FENG, il écrivit plusieurs traités :

 

 « traité de la lance Yinfu »

« Propos sur le taiji »

« Eclaircissements pour la pratique des treize mouvements ».

 

      

          Dans ce dernier texte nous y trouvons la même référence à l'eau que dans le texte de ZHANG SAN FENG, « mouvez-vous comme l'eau du fleuve bleu » et aussi une phrase où il est question d'un arc (le caractère ZHANG)

 

« Emmagasiner l'énergie c'est comme tendre un arc, la libérer c'est décocher la flèche. La courbe contient la droite. Avant de libérer l'énergie, il faut d'abord l'accumuler. La force est libérée à partir de la colonne vertébrale »

 

          Cette phrase décrit point par point comme exécuter l'enchaînement du taiji quan, le corps ploie, l'énergie se rassemble, le corps se déploie, l'énergie est libérée.

 

   

WANG ZHENGNAN

    

« Shaolin est célèbre dans tout l'empire pour la bravoure de ses gens grâce à leur technique de combat qui consiste principalement à lutter avec l'adversaire ; c'est pourquoi ce dernier peut parfois l'emporter. Mais il existe aussi une école dite école ésotérique, qui a pour principe de neutraliser la force dynamique par le pouvoir de la tranquillité. Dans la lutte, ils jettent immédiatement à terre leur adversaire. En opposition à cette école, qui commence probablement à partir de ZHANG SANFENG de la dynastie des Song, l'école Shaolin a été appelée école ésotérique » 

 

      Le fils de HUANG LIZHOU ; HUANG BAIJIA (1634- ?) écrivit le Neijia Quan Fa (techniques de boxe du Neijia)

 

  ________________________________________________

SOURCES :

Yangjia michuan taiji quan tome 1 Wang Yen Nien

Les huit portes et treize postures C.Bernapel G.Charles

Taiji quan art martial technique de longue vie  C.Despeux

Taiji quan T.Dufresnes et J.Nguyen

Anthologie de la poésie chinoise classique Gallimard

Sources photos : Istockphoto.com


[1] WANG YEN NIEN Yangjia michuan taiji quan volume 2

[2] DESPEUX taiji quan art martial technique de longue vie

[3] p 27 Les huit portes et treize postures C.Bernapel G.Charles  

[4]Il est également l'une des quatre principales montagnes "bouddhistes" avec le Wutaishan, le Putuoshan, et le Jiuhuashan. Situé dans la province du Sichuan, Sur le  mont Emei fut édifié au Ier siècle le premier temple bouddhiste chinois, L'Emei Shan fut associé a Puxian (Samantabhadra), un bodhisattva symbole de l'altruisme, souvent représenté monté sur un éléphant blanc à 6 défenses  

[5] voir Despeux taijiquan art martial technique de longue vie p 19, p 20

        HUANG LIZHOU (HUANG ZHONGZI) consacra une épitaphe à WANG ZHENGNAN(1616-1699). [5] :        

  

  

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Les origines profondes du tai ji quan (tai chi chuan)

11 Juillet 2023 , Rédigé par T.Lambert Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

 LES ORIGINES PROFONDES DU TAIJI QUAN

 

           

          WANG  YEN NIEN attribue l’origine du taiji quan aux principes de Laozi exprimés dans le Dao De Jing (le classique de la voie et de la vertu) ; « Pour atteindre le plus haut degré de souplesse, concentrez votre souffle » Il nous a semblé important de livrer à votre réflexion quelques autres  pensées attribuées au vieux maître  (Laozi)

   

 

 

 

Chapitre X du Dao De Jing

 

 «  L’âme spirituelle doit commander l’âme sensitive.

 

 Si l’homme conserve l’unité, elles pourront rester indissolubles

 

 S’il dompte sa force vitale et la rend extrêmement souple, il pourra être
 comme un nouveau-né… »

     

Chapitre XXVI

 

 «  Le grave est la racine du léger ; le calme est le maître du mouvement »

 

   Chapitre XLV

 

  « Le mouvement triomphe du froid ; le repos triomphe de la chaleur »

   

Chapitre LXXVI

 

 « Quand l’homme vient au monde, il est souple et faible ; quand il meurt, il est roide et fort . Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont secs et arides.
La roideur et la force sont les compagnes de la mort ; la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie ».

   

Chapitre LXXVIII

  « Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle.
Pour cela rien ne peut remplacer l’eau.
Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur . Dans le monde, il n’a personne qui ne connaisse (cette vérité), mais personne ne peut la mettre en pratique… » 

 

                

 

           A partir de cette influence majeure, l’art martial du taiji quan a pris forme, modelé par de nombreux personnages pour enfin parvenir jusqu’à nous, le tableau ci-dessous présente les grandes figures à l’origine du taiji quan de l'école Yang.

       

 

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 Sources :

LAO-TSEU TAO TE KING  Mille et une nuits traduction Stanislas Julien

Yangjia michuan taiji quan Wang Yen Nien tome 2  

Source photo : Michel Timochenkov

__________________________________________________         

 

 

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Publié depuis Overblog

7 Décembre 2022 , Rédigé par Association Le Bambou Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

A lire sur ce site de nombreux textes anciens chinois traduits traitant des arts martiaux et plus particulièrement sur le taiji, n'hésitez pas à vous y attarder.Bonne lecture et merci au contributeur, sa tâche est immense, bravo !

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A lire sur le Web : articles sur l'histoire du taiji quan sur le site Wen Wu

7 Avril 2019 , Rédigé par lebambou Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

Sur le site WENWU, une page consacrée à l'histoire du taiji quan, pour la consulter, c'est un peu plus bas !...

Sur ce même site vous trouverez également de nombreux textes relatifs à la tradition de l'école CHEN de taiji quan, c'est juste en dessous...

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Historique de l'école Yang ; Zheng Manqing le maître aux cinq excellences

9 Juillet 2018 , Rédigé par T.Lambert Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

 

Le maître aux cinq excellences ;
Zheng Manqing

 

 

Zheng ManqingZheng Manqing et Wang Yen Nien ont souvent été comparés, chacun d’eux représentent un style très caractéristique de taiji quan issu de l’école Yang, pour Zheng Manqing, il s’agit du style Zheng, pour Wang Yen Nien du style Yangjia michuan. Wang Yen Nien a toujours présenté très respectueusement Zheng Manqing comme son « frère aîné de pratique » puisqu’ils eurent tous deux le même professeur, Zhang Qinlin, mais à presque vingt ans d’écart.

 

Zheng Manqing rencontra Zhang Qinlin en 1929 suite à sa prestation au tournoi de Nanjing. Zheng le sollicite afin qu’il lui enseigne le tui shou et pour cela il se fait recommander par Zhang Zhijiang (président de la Fédération Nationale des Arts Martiaux)  et par  Pu Bingru, élève de Zhang Qinlin. Zhang Qinlin l’accepte comme élève, il ne lui enseigne pas de forme de taiji quan, il  concentre son enseignement uniquement sur la poussée des mains. A cette époque Zhang Qinlin vivait dans le ShanxiZheng Manqing le fait venir pendant plusieurs mois à Shanghai là où il résidait afin qu’il l’instruise.[1]

 

 

Son véritable maître ; Yang Chengfu

 

 

Zheng Manqing ne fait pourtant pas  mention de son lien avec Zhang Qinlin, il s’est toujours présenté comme un élève de Yang Chengfu. Wang Yen Nien apporte quelques précisions sur ce fait. Selon lui,  Zheng était un élève d’un certain Yeh, lui-même élève de Yang Chengfu, ce même Yeh lui aurait demandé de subvenir au besoin de son maître (Yang Chengfu), c’est dans ces circonstances que Zheng s’est retrouvé à suivre l’enseignement de Yang Chengfu de 1929 à 1936, date de la mort de son maître.

 

 

La méthode de taiji quan de Yang Chenfu

 

 

En  1934, il rédige la préface[2] du livre de Yang, « taiji quan tiyong quan shu » (le livre de la substance et des applications du taiji quan) dans lequel celui-ci expose sa méthode de taiji quan. Il existe plusieurs raisons pour que Yang ait choisi Zheng pour la préface de son livre, tout d’abord Zheng est un brillant lettré, il connaît les classiques, il excelle en calligraphie et en peinture. De  plus, c’est un médecin renommé qui aurait guéri la femme de Yang Chengfu d’une grave maladie. Sa qualité de médecin associé au fait que lui aussi, il se soit guéri d’une grave maladie pulmonaire [3] grâce à sa pratique assidue du taiji quan apporte au livre de Yang beaucoup de crédit notamment sur l’influence du taiji quan sur la santé. A cette époque, certains maîtres de taiji quan comme Wu Jian Quan et Yang Chengfu transformaient peu à peu le taiji quan que leur avaient transmis leurs aïeux en une technique de santé accessible au plus grand nombre[4] Leur préoccupation majeure était d’apporter une meilleure santé au peuple chinois, c’est à partir de ce moment que la taiji quan s’est largement développé, passant d’une technique martiale jalousement gardée à l’intérieur d’une famille à une technique de santé originale et adaptée à tous ou presque.

 

 

 

Création de la forme en 37 pas ;
diffuser plus largement le taiji quan

 

 

A partir de 1937, en charge du département des arts martiaux de la province du Hunan, il crée un enchaînement de 37 postures à partir de la forme de Yang Chengfu. Selon Zheng , la forme originelle du taiji quan comportait seulement 13 postures, face à la non persévérance des adeptes, elle fut allongée, il choisit de simplifier la forme longue en 108 mouvements apprise auprès de Yang Chengfu afin d’en intensifier la diffusion dans le but de renforcer la santé de ses compatriotes. En 1946, il commence l’écriture de son premier livre « zhengzi taiji quan shisan pian» (les treize traités de maître Zheng sur le taiji quan) la publication ne sera faite qu’en 1950 à Taiwan à cause des événements de l’époque. Pour Zheng, son ouvrage se place dans la continuité du livre de Yang Chengfu, « taiji quan tiyong quan shu », il s’associe ainsi au courant intellectuel chinois de la première moitié du 20ème siècle qui cherchait la renaissance du sentiment national face aux occidentaux et aux japonais. Dans ce livre, la forme en 37 pas est présentée comme une technique souveraine pour la santé, sa propension à vouloir diffuser plus largement le taiji quan provient certainement de l’influence bénéfique de cette technique sur sa propre santé.

 

 

« Je veux non seulement contribuer au développement de la force de mon pays mais aussi faire bénéficier tout le genre humain des bienfaits du Tai Chi Ch’uan »

[5]  Zheng Manqing

 

 

Dans ce même livre, il précise avec menus détails le sens martial des gestes accompagnant les photos décrivant  l’enchaînement, il tenait également à se rattacher à la tradition martiale du taiji quan.

 

 

L’exil et la renommée

 

En 1949, il dut s’expatrier et rejoindre l’île de Taiwan comme l’ont fait de nombreux autres maîtres d’arts martiaux dont Wang Yen Nien. Zheng Manqing y établit une école appelée Shi Zong ; le juste rythme.

 Wang-Yen-Nien-Challonnes-1999.JPG

Wang Yen Nien à Challonnes France en 1999

 

 

Zheng Manqing et Wang Yen Nien participent activement avec d’autres experts au développement du taiji quan sur Taiwan. En 1960, à Taipei, ils appartiennent au « Club chinois de Taiji quan » association regroupant beaucoup d’adhérents dont de nombreux experts[6] En 1963, ils se retrouvent aux postes de conseillers du comité de recherches universitaires de taiji quan. Wang Yen Nien continue à travers d’autres structures de propager le taiji quan sur Taiwan, aux E.U. et en Europe [7]tandis que Zheng part au E.U. en 1964. Il s’installe à New York en  1965, il est donc le pionnier du taiji auprès des occidentaux.

 

A cette époque, ceux-ci n’ont guère accès à cette pratique. Zheng Manqing partage cette ouverture d’esprit  (rare pour l’époque) avec Wang yen Nien qui accueillera plus tard des occidentaux à ces cours sur Taiwan. Ce ne fut pas le seul point commun entre eux, ils ont tous deux retrouvé la santé grâce à une pratique assidue et ils ont oeuvré sans relâche afin de faire partager leur expérience au plus grand nombre.

 

 

Son deuxième livre en 1966

 

 

Le deuxième ouvrage de Zheng « Zhengzi taiji quan Zixiu xinfa » (la nouvelle méthode d’apprentissage personnel du taiji quan selon maître Zheng) est publié en 1966, fort de son expérience auprès de nombreux élèves, l’ouvrage se présente comme un manuel à la portée de tous permettant un apprentissage aisé de la forme en 37 pas. Zheng Manqing reste aux E.U. jusqu’en 1975, il fait ensuite son dernier voyage à Taiwan, des funérailles nationales eurent lieu pour ce grand homme de taiji et de peinture. Son enseignement rayonne toujours aux E.U[8]. en Europe et au-delà, selon Jean-Jacques Sagot depuis 1995, la Chine Populaire reconnaît le style Zheng dans l’histoire officielle du taiji quan. Il reste dans la mémoire de tous comme le maître aux cinq excellences ; taiji quan, peinture, poésie, calligraphie et médecine.

 

 

« Pour apprendre le taiji quan, il faut investir dans la perte »

 

 

« Sa pratique développe la vigueur d’un corps, d’un peuple, d’un pays, les responsables politiques pourraient s’en inspirer »

 

Zheng Manqing

 Genealogie comparee Wang Yen Nien Zheng Manqing

 

   

 


Notes

[1] Sur cet episode voir Wang Yen Nien talks about Zhang Qinlin  An interview by Sam Tomarchio  Translated by Julia Fisher-Fairchild (Volume 3, NO. 2, FALL 1995)

[2] Certains lui attribuent même la rédaction complète du livre de Yang Chengfu, celui-ci aurait utilisé les brillantes qualités intellectuelles de Zheng Manqing. Dans cette préface,  Zheng Manqing raconte qu’il a suggéré à Yang Chengfu l’idée d’écrire un manuel afin de transmettre la taiji quan aux futures générations.

[3] C’est cette maladie qui le poussa à intensifier sa pratique du taiji quan.

[4] D’après Wu Ying Hua (1907-1997) c’est à partir de 1911 que Yang Chengfu, Wu Jian Quan enseignèrent à « l’institut de recherche athlétique » à Pékin (Beijing) Lire également p 76 dans « la transmission du taiji quan » de J.Carmona les développements de ces recherches.

[5] P 99/100 les treize traités de maître Cheng

[6] L’observation des formes développées par Zheng Manqing et Wang Yen Nien ; «  forme en 37 postures » et  le « yangjia michuan », nous a  fait  remarquer une caractéristique commune très prononcée de ces deux styles ; l’utilisation de la taille dans la génération des mouvements. Si ce principe est bien commun à tous les styles de taiji quan puisqu’il apparaît à plusieurs reprises dans les textes classiques du taiji quan», c’est pourtant bien dans ces deux styles que celui-ci est aussi marqué.

 [7] Voir « L’apparition, la croissance et le développement du taiji quan à Taiwan » sur le site Yen-Nien daoguan http://www.ymti.org/fr  

[8] Scott Rodell considère non seulement Zheng Manqing comme l’influence majeure des professeurs américains de l’école Yang et mais aussi celle des professeurs des autres styles de taiji quan aux E.U.  


Photos

La photo de Wang Yen Nien a été aimablement offerte par Michel TIMOCHENKOV, merci à lui de nous en avoir fait bénéficier.

La photo de Zheng Manqing provient de l'ouvrage "les secrets du véritable Tai Chi Chuan" J.Devondel/M.Werner Elsovier Séquoia, ouvrage composite de 1976 où l'on trouve de très belles photos de Zheng, aussi un chapitre sur les 13 postures du style Yangjia par Kuo Chi et une description de l'école Yang orthodoxe

  


A Lire  

  • Bulletins de l’Amicale du yangjia michuan taiji quan numéros 27, 44 et 50
  • La transmission du taiji quan J.Carmona Editions Véga
  • The essence and applications of Taijiquan Yang Chengfu translated Louis Swaim
  • Les treize traités de maître Cheng sur le T’ai Chi Ch’uan Le courrier du livre
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