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ASSOCIATION LE BAMBOU

La notion du vide et du plein dans la pensée chinoise

1 Mai 2018 , Rédigé par T.Lambert Publié dans #TAIJI QUAN VIDE ET PLEIN (xu et shi)

 

             Il ne s’agit pas de faire ici une étude détaillée de ce que les philosophes de la Chine ont exprimé sur le vide et le plein, ceci nécessiterait des développements qui dépasserait le cadre de ce mémoire. Par contre il était nécessaire d’y apporter quelques éléments, pour cela nous nous sommes appuyé sur l’essai de F.Cheng « Vide et plein ». Pour cet auteur le vide n’est pas quelque chose de vague ou d’inexistant mais un élément éminemment dynamique et agissant et serait le lieu où s’opèrent les transformations, où le plein serait à même d’atteindre la vraie plénitude.

 

 

LA CONCEPTION DU VIDE

 

 

Celui-ci est perçu comme appartenant à deux règnes : le nouménal[1] et le  phénoménal[2]. Il est à la fois l’état suprême de l’Origine et l’élément central dans le rouage du monde des choses.

           

 

D’un point de vue nouménal

 

 

            Pour les taoïstes, le Vide est avant le Ciel/Terre. Deux termes désignent cette notion :  wu et  xu. Wu se traduit par non avoir ou rien, et xu par vide. Lao zi  (chap. XL) «L’Avoir produit les Dix mille êtres mais l’Avoir est produit par le Rien »(wu)[3].  Zhuang zi (chap. Ciel-Terre) : « Qui atteint à sa vertu primitive s’identifie avec l’origine de l’Univers, et par elle le Vide »(xu) Le non-avoir, le rien (wu) est à l’origine de toutes choses, tandis que le xu (vide) est au cœur de toutes les manifestations. Mais qu’entend t’on par vide ? Sur ce point écoutons Zhang Zai (1020-1077) : «  le vide n’est pas vraiment une vacuité absolue, il est simplement le Qi [4] dans son état de dispersion, où il n’est plus visible » Le vide  n’est pas néant, il recèle en son sein la vie elle même dont la manifestation n’est ni visible, ni palpable. Sur ce point, cela rejoint l’image contenue dans l’idéogramme xu.

 

 

D’un point de vue phénoménal

 

 

            Dans les écrits taoïstes deux images sont utilisées afin de représenter le vide : la vallée et l’eau.

 

Pour Zhuang zi (chap. Ciel-Terre)  

« La Grande vallée est le lieu où l’on verse sans jamais remplir et où l’on puise sans jamais épuiser »

 

             Elle possède la faculté de recevoir sans limites et de prodiguer sans s’épuiser. On ne peut s’étonner qu’il puisse être à l’origine de toutes choses. L’eau semble sans force pourtant on peut difficilement la contenir, ses débordements déclenchent quelquefois des catastrophes, les chinois en savent quelque chose...

 

Pour Lao zi (chap. LXXVIII) 

«Rien au monde de plus souple de plus faible que l’eau. Mais pour attaquer le fort, qui sera jamais comme l’eau ?  Le Vide en elle la rend transformante ».

 

           Sa force vient de sa capacité à revenir sans cesse, de sa faculté à contourner les obstacles.

 

            La grande vallée est quelque chose qu’on ne peut parvenir ni à remplir ni à vider. Il n’y a pas de plénitude absolue, ni de vide absolu. Zhang Zai explique que pour le vide c’est le Qi dans son état de dispersion, pour le plein, il pourrait s’agir du Qi à son apogée .

            Une autre notion a également intéressé F.Cheng, il s’agit du yin-yang. Il nous a semblé important de comparer les couples yin-yang et vide/plein.

 

 

RAPPORT ENTRE VIDE/PLEIN ET YIN-YANG

 

 

Analysons le chapitre XLII de Lao zi où il explique en quelques phrases ce qu’est le Dao.

Chap XLII de Lao zi

Commentaires

Le Tao d’origine engendre l’Un

Le tao considéré comme vide (wu) engendre un souffle primordial

L’Un engendre le Deux         

le  deux c’est le yin et le yang

Le Deux engendre le Trois

le trois : le vide médian (xu) s’ajoute au yin et   au      yang

Le Trois produit les dix mille êtres    

10000 êtres : toutes les manifestations

Les dix mille êtres s’adossent au Yin

Et embrassent le Yang

 

les 10000 êtres se meuvent entre fermeture et ouverture

L’harmonie naît au souffle du Vide médian

Pour l’homme, le vide est à rechercher dans son cœur

   


            Le rapport du vide et du yin-yang pourrait être représenté comme le suggère F.Cheng comme ceci  

 

 

 

Figure 1 : Le vide représenté par un V

au centre d’un mouvement spiralé

  

               Cette représentation montre le vide (xu) au cœur de toutes choses, il maintient toute chose en relation avec le vide suprême (wu) . Le saint taoïste possède le vide.   

Zhuang zi (chap. se torturer l’esprit )

« Par son Vide et sa quiétude, le Saint rejoint la vertu du Ciel »[5]

 

                Par le vide , le cœur de l’homme peut devenir la règle ou le miroir de soi-même et du monde, car possédant le vide (xu) et s’identifiant au vide originel (wu), l’homme se trouve à la source des images et des formes, il saisit le rythme de l’espace et du temps ; il maîtrise la loi de la transformation.

 

Zhuang zi  (chap. la voie du ciel)

« Ce vide confère à l’âme une disponibilité qui fait que toute action accomplie est efficace »

 

               D’après un autre auteur : J.M. Eyssalet,  le Vide (wu) serait sous-jacent dans le diagramme du yin-yang. Suivons pas à pas avec l’aide de la figure 2 comment un peintre réalisait ce diagramme d’une façon traditionnelle.

 

   


Figure 2 :  Réalisation du diagramme du yin-yang selon la conception traditionnelle d'après Eyssalet

            le peintre commence par peindre un cercle entièrement noir, ceci représentant le vide (wu)

 

« Il le couvre totalement de couleur noire, signifiant ainsi que préalable à tout événement, énergie ou forme, existe un espace vide, immobile, obscur, totalement accueillant et condition sine que non de toute manifestation, à la façon d’une mère ou matrice universelle »[6]

 

               Le peintre couvre de peinture rouge la partie gauche du cercle en dessinant un curieux poisson en partant du bas du cercle et en remontant par sa gauche, jusqu’en haut de celui-ci. Il ne recouvre pourtant pas entièrement le cercle noir d’origine, il laisse un liseré noir sur la périphérie du cercle signifaint toujours selon Eyssalet :

 

« Ce cercle noir circonscrivant l’ensemble du symbole rappelle la toute présence du yin sous-jacent »

 

               Ici cet auteur confond le yin et le vide originel, nous garderons la proposition première de cet auteur qui voyait dans ce cercle noir, la représentation du vide (wu). 

 

 

RAPPORT DU VIDE ET DE L’HOMME

 

 

            D’après Zhuang zi ( chap. La voie du ciel)[7] L’eau en repos peut servir de miroir ainsi que de niveau, l’esprit de même peut refléter

 

« l’univers et tous les êtres »

 

          et les qualités de cet esprit

 

« le vide, la tranquillité, le détachement, l’insipidité, le silence, et le non-agir sont le niveau de l’équilibre de l’univers, la perfection de la voie et de la vertu ».

 

           Un peu plus haut, nous avons vu que le saint taoïste possède le vide (xu) dans son cœur et qu’il est relié au vide originel (wu), et que de par ce fait son action est efficace. Ici l’esprit est analogue à l’eau, s’il peut posséder les qualités de celle-ci, il reflète l’univers et sert de niveau aux actions humaines.

 

S’il est un domaine qui résonne également au son du vide et du plein, c’est bien l’énergétique chinoise. Le thérapeute agit sur les vides et les pleins, en rééquilibrant les excès et les carences. Certains auteurs avancent qu’un pratiquant de taiji quan agit tel le thérapeute sur son énergie par le biais de sa pratique. C’est certainement le cas de pratiquants ayant atteint une maîtrise dans leur art , pour bon nombre d’entre nous dont moi-même nous n’en sommes qu’à nos premiers pas. Nous pensons néanmoins que la compréhension graduelle de l’énergétique chinoise peut nous y aider.

 

 

 

[1] Pour Kant, concept de la chose en soi, conçue comme au-delà de toute expérience possible (Larousse)

[2] qui concerne les apparences des choses (Larousse)

[3] traduction de F.Cheng

[4] vapeur ; exhalaison ; fluide (phys., Chim) Gaz Air (atmosphérique) Haleine ; souffle. L’esprit, la vie qui anime le corps humain…485 Ricci

[5] Traduction F.Cheng

[6] p 33 Les cinq chemins du clair et de l’obscur J.M. Eyssalet

[7] p 177 ch. XIII dans Philosophes taoïstes Gallimard

 


 Extrait d'un mémoire de l'IFAM "Vide et plein, le taiji quan des premiers pas" Cet article appartient à une série d'articles présentant des extraits de ce mémoire, celui-ci exprimait une reflexion personnelle sur le vide et le plein, veuillez bien en excuser les imprécisions et les erreurs qui ont pu s'y glissées, ceci n'ayant pas la prétention de résumer ce sujet si vaste...

A écouter sur France Culture

De quoi le vide est-il plein ? La Conversation scientifique par Etienne Klein, c'est ci-dessous

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