Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ASSOCIATION LE BAMBOU

LES GRANDES FIGURES DE L'ORIGINE DU TAIJI QUAN (TAI CHI CHUAN)

28 Août 2017 , Rédigé par T.lambert Publié dans #HISTORIQUE DU TAI JI QUAN (tai chi chuan)

 

 XU XUANPING ET LI DAOZI

  

Peu de choses nous sont parvenues sur la vie des  prédécesseurs de ZHANG SANFENG. Sous les Tang, deux personnages auraient vécu pourtant une vie bien singulière. XU XUANPING aurait mené une érémitique dans les monts Chengyang. Un poème lui est pourtant attribué :

 

" Dès l'aube, je porte des fagots pour les vendre.
 Au crépuscule, ivre je m'en retourne,
 Si on me demande où je demeure, 
  je traverse les nuages et me cache dans la verdure "

   ( dans Despeux taijiquan art martial technique de longue vie p 21)

  

XU XUANPING rejoint ici la tradition des poètes chinois, amoureux de la montagne, des cieux, de la nature, et du vin...tel LI BAI (LI PO 701-762) On entend comme en écho au poème de XU XUANPING celui de LI BAI ;

"Vaine visite au moine taoïste du Tai-T'ien Chan"

 

" Un aboi de chien dans le bruit de l'eau.

Après la pluie, la fleur de pêcher est plus rouge.
 Au plus profond de la forêt, on voit parfois un cerf ;
 Près du torrent, à midi, pas de cloche. 

Les bambous sauvages percent l'épais brouillard ;
La cascade s'accroche au sommet d'émeraude
Nul n'a pu me dire où l'ermite s'en est allé :
  Je me suis appuyé, triste, à deux ou trois pins."

      

     LI BAI aurait eu connaissance du poème de XU XUANPING et aurait cherché à le rencontrer mais sans succès, c'est peut-être à cette occasion qu'il écrivit ce poème ?

 

Un autre taoïste de la fin de la dynastie de Tang ;  SONG YUANQIAO attribue également un texte à XU XUANPING, le « Chant des huit caractères » Ce même texte est plus souvent attribué à un autre personnage SONG SHUMING, celui-ci a prétendu que sa famille détenait et transmettait depuis XU XUANPING une méthode de taiji quan. Voici ce texte qui appartient à ce que l'on appelle les « classiques du taiji quan », ces textes décrivent les principes du taiji quan :

   

 "Parer, tirer vers l'arrière, faire pression en avant et repousser, peu de gens au monde (connaissent ces techniques).
  Sur dix experts, dix ne le connaissent pas.
 Si l'on peut être léger, agile, dur et ferme,
 On peut sans problème adhérer, lier, coller et suivre.
 Les (mouvements) tordre, tordre vers le bas, donner un coup de coude, donner un coup d'épaule, sont encore plus merveilleux.
 Pour les exécuter, nul besoin de fatiguer son esprit.
 Celui qui peut adhérer, lier, coller et suivre,
 A acquis le centre véritable et ne le quitte jamais."

    On ne sait que peu de choses sur LI DAOZI (618-905). Il vécut sous les Tang et résida sur le mont Wudang, Rien ne vient appuyer que XU XUANPING et LI DAOZI  auraient pu être des maîtres de boxe.

 

 

ZHANG SAN FENG ; CREATEUR DU TAIJI QUAN ?

   

Comme la création des arts martiaux dits « externes » a été attribuée à BODHIDARMA, moine bouddhiste, celle du taiji quan a été allouée à un ermite taoïste appelé : ZHANG SAN FENG.  La légende raconte que cet ermite résidait sur le mont Wudang au nord-ouest de la province du Hubei pendant la dynastie des Song (960-1279) Dans l'histoire officielle des Ming, nous trouvons une description de ZHANG SAN FENG : « Il était grand, d'imposante stature, il portait les signes classiques de la longévité, c'est-à-dire ceux de la tortue et de la grue, il avait de grandes oreilles et des yeux ronds. Sa barbe se hérissait furieusement comme la lance d'une hallebarde, été comme hiver il portait un simple vêtement »

 

 

La langue chinoise possède de nombreux homophones, ceci explique que les caractères employés pour ZHANG SANFENG différent d'un auteur à l'autre. Dans une première proposition [1]

 le caractère ZHANG (Ricci 174) a le sens de : étendre, tendre, ouvrir, disposer, grand. La partie droite de l'idéogramme représente un arc chinois avec sa poignée médiane (Wieger 87) L'ensemble de l'idéogramme prend le sens de bander un arc.

 Le caractère SAN  (Ricci 4196) possède le sens du chiffre trois.

 

 

Le caractère FENG (Ricci 1592) veut dire abondance, fertile, plein.

 

   

 

Dans la deuxième proposition [2],

 

Le caractère FENG  (Ricci 1579) différe de celui de la première. Pour Wieger (97 A) étymologiquement, il  figure un rameau feuillu, il prend le sens étendu de buisson, de broussaille, de  haie, de forme. Dans le Ricci, à ce même caractère (1579) nous trouvons visage plein ; qui a bonne mine ; beau ; gracieux.  Air distingué ; belle prestance ; manières élégantes. Le caractère FENG de la première proposition et le caractère FENG de la deuxième proposition ont ceci en commun de posséder l'image d'un rameau, symbole de plénitude. Ce rameau portant des grains prend l'image de grandeur de multitude. On peut traduire pour l'une ou l'autre des propositions ZHANG SAN FENG  par "triple grande abondance". Gardons à l'esprit que cette abondance provient du végétal, du grain, ferment des grandes civilisations. L'image de l'arc apporte force, souplesse et respect dédiés au personnage.

 

Une troisième proposition» [3]  tranche sur les propositions précédentes, dans celle-ci les caractères ZHANG et FENG possédent des sens différents que ceux des propositions précédentes.

 

 ZHANG (Ricci 169) a le sens de  personne âgée, homme respectable, homme fait,  tandis que

 

 FENG (Ricci 1584) veut dire  sommet d'une montagne ; cime crête montagne abrupte ; pic. Les trois caractères se traduiraient par "l' ancien (le maître) des trois pics". Trois montagnes sont réputées en Chine pour ses arts martiaux ; le mont Song dans la province du Henan, qui est le berceau de l'école Shaolin et du bouddhisme Zen, le mont Wudang dans la province du Hubei, réputé pour ses styles internes et le mont E-mei  [4], où les méthodes développées ont pris le nom générique de E-Mei Quan, elles alliaient les principes "externes" et "internes", ainsi que les conceptions taoïste du mont Wudang et bouddhiste du monastère de Shaolin.  Cette appellation « maître des trois pics » viendrait appuyer la légende que  ZHANG SANFENG aurait acquis sa maîtrise en visitant  ces trois lieux connus pour leurs techniques martiales.

 

 

Le mont Wudang est considéré comme le berceau des arts internes chinois, deux histoires différentes sont racontées au sujet de l'invention du taiji quan. La première avance que cette méthode lui aurait été transmise en rêve par l'empereur noir XUANDI. La seconde (la plus répandue) raconte le combat entre un oiseau (une pie) et un serpent. Il aurait remporté le combat grâce à ces mouvements curvilignes. Ceci démontra à ZHANG SAN FENG la suprématie de la souplesse sur la rigidité et l'importance de l'alternance du Yin et du Yang.

 

 Le rêve de ZHANG SAN FENG reprend la représentation symbolique du Nord, de l'élément eau et de la couleur noire en référence à XUANDI, l'observation du combat entre l'oiseau et le serpent relie également le taiji quan au Nord,  à l'élément eau, à la couleur sombre, à la longévité par la référence à la tortue habituellement associée au serpent. Si le taiji quan est né sur le mont Wudang, il prend sa source dans la mythologie chinoise antique, associé aux symboles suivants : tortue noire et serpent,  nord, eau, couleur noire, et par extension, longévité.

 

 On attribue un texte à ZHANG SAN FENG, il s'agit du « Traité sur le taiji quan » Il contient de nombreuses explications sur les principes de la discipline ; le vide et le plein, l'utilisation du Yi (la pensée orientée), les huit gestes en liaison avec les huit directions et les huit trigrammes du Yi Jing, les cinq déplacements reliés aux cinq éléments de l'énergétiques chinoise. Ce texte appartient aux « classiques » du taijiquan, il demeure une référence pour tout pratiquant. La seule référence à l'élément eau est cet extrait : «... La longue boxe est semblable aux flots du fleuve bleu ou de la mer qui se meuvent continuellement et sans fin... » Déjà, la discipline était marqué par la recherche de la santé, dans une note à ce texte, nous trouvons : « Son désir (celui de ZHANG SANFENG) fut celui de voir les héros du monde entier accéder à la longévité, et que son art n'eût pas pour unique réalité la pratique des techniques martiales »

 

  

WANG ZONG YUE

 

     WANG ZONG YUE aurait reçu l'enseignement de ZHANG SAN FENG, il écrivit plusieurs traités : le « traité de la lance Yinfu », le « Propos sur le taiji » et « Eclaircissements pour la pratique des treize mouvements ».

 

      

Dans ce dernier texte nous y trouvons la même référence à l'eau que dans le texte de ZHANG SAN FENG, « mouvez-vous comme l'eau du fleuve bleu » et aussi une phrase où il est question d'un arc (le caractère ZHANG) « Emmagasiner l'énergie c'est comme tendre un arc, la libérer c'est décocher la flèche. La courbe contient la droite. Avant de libérer l'énergie, il faut d'abord l'accumuler. La force est libérée à partir de la colonne vertébrale » Cette phrase décrit point par point comme exécuter l'enchaînement du taiji quan, le corps ploie, l'énergie se rassemble, le corps se déploie, l'énergie est libérée.

 

   

WANG ZHENGNAN

    

« Shaolin est célèbre dans tout l'empire pour la bravoure de ses gens grâce à leur technique de combat qui consiste principalement à lutter avec l'adversaire ; c'est pourquoi ce dernier peut parfois l'emporter. Mais il existe aussi une école dite école ésotérique, qui a pour principe de neutraliser la force dynamique par le pouvoir de la tranquillité. Dans la lutte, ils jettent immédiatement à terre leur adversaire. En opposition à cette école, qui commence probablement à partir de ZHANG SANFENG de la dynastie des Song, l'école Shaolin a été appelée école ésotérique » 

 

      Le fils de HUANG LIZHOU ; HUANG BAIJIA (1634- ?) écrivit le Neijia Quan Fa (techniques de boxe du Neijia)

 

  ________________________________________________

SOURCES :

Yangjia michuan taiji quan tome 1 Wang Yen Nien

Les huit portes et treize postures C.Bernapel G.Charles

Taiji quan art martial technique de longue vie  C.Despeux

Taiji quan T.Dufresnes et J.Nguyen

Anthologie de la poésie chinoise classique Gallimard

 


[1] WANG YEN NIEN Yangjia michuan taiji quan volume 2

[2] DESPEUX taiji quan art martial technique de longue vie

[3] p 27 Les huit portes et treize postures C.Bernapel G.Charles  

[4]Il est également l'une des quatre principales montagnes "bouddhistes" avec le Wutaishan, le Putuoshan, et le Jiuhuashan. Situé dans la province du Sichuan, Sur le  mont Emei fut édifié au Ier siècle le premier temple bouddhiste chinois, L'Emei Shan fut associé a Puxian (Samantabhadra), un bodhisattva symbole de l'altruisme, souvent représenté monté sur un éléphant blanc à 6 défenses  

[5] voir Despeux taijiquan art martial technique de longue vie p 19, p 20

        HUANG LIZHOU (HUANG ZHONGZI) consacra une épitaphe à WANG ZHENGNAN(1616-1699). [5] :        

  

  

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article