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ASSOCIATION LE BAMBOU

BODHIDHARMA

12 Novembre 2017 , Rédigé par T.Lambert Publié dans #QU'EST-CE QUE LE DAO YIN QI GONG

BODHIDHARMA OU PU TI DA MO
 
 

Son nom en chinois est PU TI DA MO pu--FIGUIER.JPGTI.JPGDA--r--aliser.jpgMO-frotter.JPG
 

PU TI vient du sanscrit Bodhi signifiant l’éveil, illumination ou sagesse parfaite (Ricci 4179)
DA MO c’est la transcription phonétique du sanscrit : dharma qui signifie la loi ; normes qui régissent l’univers et l’existence et aussi vertu, droit, devoir, fonction, tâche propre à chacun suivant sa naissance, loi morale juste, principe fondamental de l’activité. Bodhidharma est un Bodhisattva ; ce sont ceux qui ont renoncé à devenir un Bouddha par compassion envers les êtres.

poussah-3.jpg

PU SA ou Poussah ; contraction de PU TI SA TO ou BODDHISATTVA
 
 
  
 
 

L’ARBRE DE LA BODHI

L’idéogramme PU       pu--FIGUIER.JPG          désigne le figuier des pagodes (Ricci 4179)

ficus-religiosa.jpg

Ficus religiosa ou Pipal
 
C’est l’arbre sous lequel le Bouddha a atteint l’éveil.


28-11-2006-012.jpg

          Cet arbre possède un lien très fort avec la doctrine bouddhiste, il est vénéré depuis plus de 2500 ans à Bodh-Gayâ lieu où le Bouddha s’est assis en méditation. Il appartient aux arbres sacrés de l’Inde relié aussi à de nombreuses autres divinités hindous (Krisna, Ganesha, Hanuman

 

BODHI c’est donc  l’arbre de l’éveil


feuille-ficus-religiosa.jpg

 

Feuille du ficus religiosa en forme de cœur

 




LA LEGENDE DE BODHIDHARMA
            

          Une grande partie des historiens s’accordent sur le caractère légendaire du personnage. Son arrivée en Chine difficile à dater précisément, son origine indienne ou perse, son entrevue avec le roi Wu de la dynastie des Liang, son départ pour Shaolin Shi, monastère bouddhique près de Luoyang la capitale, sa méditation de neuf années devant le mur, sont autant d’éléments qu’aucune source historique sûre n’a jamais attestés. Tout ce que la tradition relate de Bodhidharma est à prendre avec prudence, que ce soit le fait qu’il soit considéré comme le créateur du bouddhisme Chan (1) voir du Gong fu wu shu,  et aussi qu’il ait pu être à l’origine de deux séries d’exercices ; les Yi Jin Jing et Xi Sui Jing. Sur son origine, les avis des historiens divergent à tel point que certains nient même son existence tandis que d’autres avancent qu’il y aurait donc eu plusieurs moines à des différentes périodes.(2) 

 
 



Shaolin Shi (le monastère de la petite forêt)
 
 
          B. Faure avance qu’il aurait eu un amalgame entre Bodhidharma et Huike d’un part et Fotuo (un maître de dhyâna (méthode de méditation) occidental pour qui Shaolin si a été fondé) et son disciple Sengchou (480-560). Sengchou était un adepte du Ninayânâ (branche du bouddhisme) . Les adeptes du Dongshan voulaient consacrer le Songshan (mont Song lieu d'implantation de Shaolin) qui était en train de prospérer.  
 
 


9 ans en méditation :
 

          Le chiffre 9 a une portée hautement symbolique, il représente le principe yang à son apogée. Ces 9 années passées en méditation veulent attester que DA MO a atteint un sommet dans la connaissance. On peut relever la contradiction du personnage considéré comme l’importateur en Chine de  l’école Lanka, école indienne dont la doctrine est décrite dans le Lankâvatâra-sutra (texte traitant de l’illumination intérieure) et comme un adepte du Bi Guan (traduction littérale contemplation murale) condamnant tout recours à la lettre écrite.
 



troisi--me-oeil.JPGGuan
L’hexagramme n°20 du Yi Jing, signifie perception de l’invisible, moment où l’on saisit l’influx des énergies cachée. 

          Bodhidharma se fait donc le propagateur d’une voie « pratique » loin des études de textes, il passe pour un réformateur, un révolutionnaire du bouddhisme qui se faisait jour à cette époque
en Chine.
 
 


 
 
Bodhidharma : créateur du Yi Jin Jing ? 
 
 
 
            L’histoire « officielle »
 
            Il est communément admis dans le monde des arts martiaux que Bodhidharma ait pu être à l’origine de plusieurs techniques corporelles :
 
  •  Le Yi Jin Jing
  •  Le Xi Sui Jing
  • Et aussi les 18 mains de Lohan (certaines sources avancent que cette forme aurait été inspirée par le Yi Jin Jing)

deva-3.JPG

Au sujet des deux premières, DA MO les aurait crées suite à son constat de la faible constitution des moines du monastère de la petite forêt. Ceci peut sous-entendre que les pratiques corporelles n’avaient à ce moment pas ou peu de place dans la vie monacale, ou bien si elles existaient qu’elles n’étaient pas adaptées à leurs besoins.
 
BODHIDHARMA se présentant comme un rénovateur du bouddhisme chinois,  cherchait-il ainsi à faire comprendre aux moines que la lecture et l’étude des textes ne pouvaient suffire à leur vie monacale. Il tenait à rappeler l’importance de la pratique physique. D’ailleurs, n’aurait-il pas eu besoin lui-même de ces exercices afin de pouvoir supporter ces neufs années de méditation ! Sur l'attribution de la création de ces exercices à Bodhidharma de nombreuses questions se posent.
 
            D’après les articles de William C.C. Hu, publiés en dans le BLACKBELT Magasine en 1965, il n’a pas été trouvé de références antérieures à 1858 pour le Yi Jin Jing. Pain Wei a fait une compilation sous le titre Wei sheng yao shu puis en 1881 le Yi Jin Jing est inséré dans le nei kung tuo shuo (autre texte sur les pratiques chinoises). Il n’y avait aucune mention de Bodhidharma ou même d’influence indienne mais plutôt une compilation de connaissances de la médecine traditionnelle chinoise, de pratique de dao yin et de taoïsme. De son côté Yang Jwing ming affirme qu’en 1875 un ouvrage attribut la paternité du Yi Jin Jing à Bodhidharma, il s’agit du weisheng i chin ching de juning kuang-so .
 
Nous savons qu'il est courant d’associer une technique corporelle à une grande figure de l’histoire chinoise ; Zhang San Feng pour le taiji quan, Bodhidharma pour le Yi Jin Jing, Sun Simao pour le Liu Zi Jue (les six sons), Ceci d’autant plus si le personnage a vécu il y longtemps, ceci apporte beaucoup de crédit à l’exercice qu'il lui est associé. 



Essai sur les origines et les influences du Yi Jin Jing
  
          Cet exercice appartient  aux classiques " des exercices de santé chinois", il plonge ses racines dans les grands courants de la tradition chinoise.
  

ORIGINES-ET-INFLUENCES-DU-YI-JIN-JING-copie-1.JPG

 

Les chiffres font référence à ceux du tableau ci dessus.
 
(1) 18 arhats ou arhans (16 indiens, 2 chinois) ou 18 animaux de l’iconographie indienne et chinoise
le chiffre 18 se rapporte aux 18 conditions du Bouddha, et aussi aux 18 écoles du Hinayâna 
(2) De nombreuses écoles se rattachant au monastère de Shaolin avancent que le YI JIN JING est à l’origine des 18 LO HAN 
(3) SHI  ER  DUAN JIN (12 pièces de brocart) Yang Jwing-Ming avance que le général Yue Fei créa le SHI ER DUAN JIN à partir du YI JIN JING, il le simplifiera en BA DUAN JIN, ceci afin de servir d’entraînement à ses soldats. Pour lui le XING YI QUAN et le LIU HO BA FA (boxe des six coordinations et des 8 méthodes) découlent tous deux de SHI ER DUAN JIN  
(4) G.Charles fait remarquer que la branche du Xing Yi Quan du Hunan a conservé dans sa méthode originelle douze formes animales.   
(5) D’après G .Charles les 18 mouvements de LO HAN servirent de base au LIAN GONG SHI BA FA (dix huit traitements) 
(6) d’après SUN LU TANG
 
 
Cet enchaînement se place donc à la croisée d’influences majeures ; l’Inde et le yoga, le bouddhisme,  le taoïsme,  le chamanisme.

 


         Quand bien même ce personnage n’ait jamais existé, il a incontestablement influencé les esprits en Chine et au Japon,(4) l’image de l’ascète méditant devant un mur a inspiré de nombreux artistes. Même s’il a partagé avec d’autres la paternité de la réforme du bouddhisme chinois, il apparaît  le plus souvent comme le premier patriarche du bouddhisme Chan, et si le rattachement de Bodhidharma au monastère de Shaolin n’a été qu’une manière d’apporter du crédit au monastère, il est en pourtant devenu la principale icône.  

 


 

(1)Chan est une abréviation du terme Chan na qui vient lui-même du sanskrit Dhyâna. A.Cheng nous dit sur ce mot : « le terme difficilement traduisible de dhyâna désigne dans le bouddhisme canonique de l’inde un ensemble d’exercices dûment définis et gradués qui visent à l’obtention de divers états de concentration et de purifications mentales relevant du yoga »

(2) Voir Despeux les entretiens de Mazu p 12

(3) Selon Despeux p 14 les entretiens de Mazu Bodhidharma est considéré par la tradition comme le 28ème patriarche de l’école Lanka en Inde

(4) le bouddhisme Chan est devenu le bouddhisme Zen au Japon

(5) Voir Les entretiens de Mazu

 



 

Sources :
 
Chi Kung Dr Yang Jwing Ming

Dictionnaire français de la langue chinoise Institut Ricci-Kuangchi Press

Histoire n° 7 G.Charles Ecole Française de taiji quan

Le bouddhisme Ch’an en mal d’histoire Bernard Faure Ecole française d’Extrême-Orient

Les entretiens de Mazu introduction, traduction et notes C.Despeux Les Deux océans
Le traité de Bodhidharma traduit et commenté par Bernard Faure LE MAIL

Mythologie des arbres J.Brosse Payot

Traité d’énergie Vitale G.Charles

 


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